Vous voulez sauver le monde ? Il vous suffit de demander.
Par David L'Hôte le lundi 19 mai 2008, 09:43 - Lien permanent
Traduction de l’article
de Carl Alviani (12 mai 2008),
Want to Save the World? Just
Ask.,
coroflot.com, avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Une agréable surprise attendait dans ma boite mail la semaine dernière.
En correspondant avec un fabricant, avec lequel je travaillais en freelance sur un projet à long terme, la question du transport du produit est apparue; comme cela avait été déjà deux fois le cas précédemment, il m’était demandé de calculer les dimensions des caisses de transport pour différents éléments d’une grande sculpture difficile à manipuler, j’ai répondu sous la forme d’une liste de chiffres, bien rembourrées (comme cela m’avait été demandé) pour être certain que les composants fragiles soient entourés par assez de matériaux d’emballage. Cependant, à la différence des fois précédentes, le fabricant répondit avec une demande simple :
« Comment pourrions-nous « verdir » cette stratégie de mise en caisse ? »
Bien sûr, j’étais ravi et répondais que c’était chose facile. De nombreuses suggestions sur la manière de faire exactement cela m’étaient venues à l’esprit pendant les mois que j’avais passés sur le projet, certaine plus faisables que les autres, donc tout ce qu’il me restait à faire était de choisir la plus plausible et de l’exposer au fabricant et au client. Un truc assez simple, qui impliquait de fabriquer les caisses en série, dont quelques petites supplémentaires en premier, afin que ceux qui effectuent la mise en caisse puissent dévier de la liste de mise en caisse si ils sentaient qu’ils pouvaient s’en sortir avec une de taille plus petite. Les économies de matériaux d’emballage, consécutives à cette suggestion et à d’autres qui résultèrent de discussions avec le fabricant, dépassent les 30%.
La solution est en cours de mise œuvre, et ça marchera, et ça n’est pas compliqué, ce qui m’amène à cette question : Pourquoi ne l’ai-je pas suggérée en premier ?
Les tentatives pour mettre en œuvre les principes du design viables ont longtemps été des projets secondaires de professionnels créatifs, dont le Designers Accord est le dernier et peut-être le plus vigoureux exemple. Il est difficile ces jours-ci de trouver une conférence au cours de laquelle au moins un designer ne se lamente pas de tout ces trucs qu’il envoie à la décharge, ou une présentation d’école de design où ne figurent pas au moins quelques projets optimisés en termes consommation d’énergie ou de recyclabilité (cette vidéo, objet d’un article sur Core77 il y a quelques mois, offre un pamphlet implacable à propos de cette tendance, et de ses inévitables réactions). Il est donc raisonnable de se demander : que se passe-t-il entre la ferveur pro-durable de l’école de design, le consensus entre designers, et la manière dont nous menons nos projets ?
Ca n’est clairement pas un manque conscience, de désir, ou de capacité, et depuis longtemps. Au sein de la communauté créative, la discussion est généralement formulée comme si les designers ne savaient pas comment rendre leurs projets plus viables et socialement pertinents, ou ne pensaient pas que ce soit important. Mais parlez à pratiquement n’importe quel étudiant ou jeune diplômé, et presque tous affirmeront qu’ils veulent améliorer le monde, trouver des solutions aux problèmes des déchets et de la pauvreté grâce à un meilleur design, avoir un impact positif, changer. Même les enfants qui ne veulent rien faire de plus que dessiner des voitures et des chaussures toute la journée s’éclairent en expliquant la technologie de la pile à combustible qui propulse leurs roadsters, ou le dessus compostable de leurs baskets. C’était vrai quand j’étais à l’école, il y a cinq ans, et si vous demandez à quelqu'un qui suivait une formation créative il y a dix ans, c’était généralement vrai alors.
De ce que je vois, le changement intervient dans la première ou la deuxième année après la sortie de l’école. La bravade encouragée par les professeurs et les camarades de classe s’affaiblit dans les difficiles conditions du marché du travail, laissant le ou la jeune diplômé(e) non moins capable de concevoir des stratégies vertes, mais doutant de son droit de les exprimer. Quand nous parlons entre nous de « ne faire que générer des décharges,» les plaintes les plus fortes sont généralement que les contraintes budgétaires et les caprices managériaux bloquent la mise en œuvre, ou même la discussion de la viabilité. Nous sommes là au bon vouloir du client ou du management, peut-on entendre, donc tout ce qui ne fait pas partie de la définition du projet sera dégagé.
C’est dommage, pour les entreprises et pour la société en entier, il y a peu de professionnels du développement produit plus impatients de rendre les choses plus humaines et plus écologiques que les designers, en grande partie parce que nous ne sommes pas directement encombrés par des trucs tels que les attraits de l’économie ou du marketing (nous en sommes bien évidemment indirectement encombrés à un degré très élevé). Parmi nous, l’étincelle de l’altruisme qui brulait au temps de l’école est toujours là, mais nous n’osons pas la laisser briller—nous avons déjà suffisamment de mal à être considérés comme de « vrais professionnels » comme ça.
Le problème est donc un problème de pouvoir, ou de pouvoir perçu, dont le résultat est un double silence : le management ne demande pas de solutions plus consciencieuses, et le design ne dit rien. Dans la poignée de cas où le designer est suffisamment expérimenté et sûr de lui, ou bien quand le groupe qu’il représente a une réputation assez forte, cela peut changer, mais c’est rare. Mon ami Chris Dame et un designer interactif qui a récemment déménagé de Portland vers la Baie de San Francisco pour un poste chez IDEO (si vous avez suivi le reportage sur la Maker Faire la semaine dernière sur Core, c’est lui qui sourit à coté du gros panda flippant). Chris a travaillé pour plus d’une douzaine de cabinets de conseil et d’équipes de design intégrées au fil des années, cependant il est décontenancé par la manière inhabituelle que les clients ont de s’en remettre à lui dans les discussions dernièrement. « Honnêtement, c’est la première fois de ma vie que je propose une idée, » a-t-il remarqué, « et le client a dit « Bon, je ne suis pas sûr, mais hé…vous êtes IDEO les gars ! Allons-y, essayons. » »
Ce degré de crédit autorise des discussions qui n’auraient jamais lieu autrement. Imaginez un instant que vous entriez dans chaque réunion avec un client ou avec le management sachant qu’un tel poids soit accordé à vos suggestions. Qu’en feriez-vous ? A en juger d’après les discussions que j’ai eues avec des collègues professionnels, je soupçonne que les sujets de la viabilité et du bénéfice social seraient abordés bien plus fréquemment, même s’ils ne seraient pas toujours suivis d’effets. Les clients et les managers ont toujours le dernier mot, bien sûr, et dans le scénario précédent, la déférence pourrait bien être suivie d’un coup de fil remettant tout en cause. Cependant, les conversations qui ont lieu pendant ce temps sont celles où l’influence porte vraiment ses fruits, permettant aux idées d’émerger des deux côtés, faisant avancer les objectifs sociaux et environnementaux qui autrement resteraient dormants. Rappelez-vous, Apple et GM ont tous les deux notablement progressé sur leurs gammes de produits au début des années 2000, en utilisant les mêmes équipes de design responsables du design médiocre qui les caractérisait plus tôt. Steve Jobs et Bob Lutz ont tous les deux rapporté que le problème n’avait jamais été un manque de bonnes idées, mais un manque de volonté et de mise en œuvre.
Il serait facile de conclure en faisant pleinement porter la responsabilité sur les épaules du management : si vous voulez un design plus vert, il vous suffit de le demander à vos designers—il y a de très fortes chances pour qu’ils sachent déjà quoi faire. Cependant, en rester là reviendrait à se dérober. Quand nous sommes embauchés, il est supposé que nous serons provocateurs, à des degrés plus ou moins importants. Il se peut que le désir d’être vus comme des professionnels sérieux nous handicape sur ce point ; plutôt que de nous mettre dans une position où nous pourrions être remis à notre place, nous nous y remettons nous-mêmes. Nous n’essayons même pas. Il est vrai qu’il y a bien des clients et des managers qui seraient agacés à la simple idée que la viabilité soit prise en considération pour un projet donné, mais étant donné la perception actuelle de l’écologie en tant que tendance commerciale viable, cette attitude s’estompe. Au final, c’est notre boulot de poser la question, autant que c’est le leur.
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