Le Cradle-to-Cradle illustré
Par David L'Hôte le lundi 17 septembre 2007, 00:20 - Lien permanent
A propos de l'ouvrage de William McDonough et Michael Braungart, Cradle to Cradle: Remaking the Way We Make Things (lien amazon) :
Un nouveau paradigme
Respecter la liberté de choix des générations futures
Le développement durable vise à satisfaire les besoin de développement des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.[1]
Peut être voulons-nous que nos objets vivent pour toujours, mais que veulent les générations futures ? Qu’en est-il de leur droit à la poursuite de la vie, de la liberté, et du bonheur, à une célébration de leur propre abondance de nutriments, de matériaux, de délices ?[2]
La forme suit l’évolution, pas seulement la fonction
Si les humains vont vraiment prospérer, nous allons avoir à apprendre à imiter le système hautement efficace de « berceau à berceau » de la nature, de flux de nutriments et de métabolisme, dans lequel le concept même de déchet n’existe pas. Éliminer le concept même de déchet signifie de concevoir les choses –produits, packaging, et systèmes- étant entendu dès le départ que le déchet n’existe pas. Cela signifie que les précieux nutriments contenus dans les matériaux déterminent le design : la forme suit l’évolution, pas seulement la fonction. Nous pensons que c’est une perspective plus robuste que la manière actuelle de faire les choses.[3]
Illustration du modèle Cradle-to-Cradle

Notes
[1] Commission mondiale
sur l’environnement et le développement (1987), Rapport Bruntland, Notre avenir à tous, Montréal, Fleuve.
Extraits traduits de William McDonough, Michael Braungart (2002),
Cradle to Cradle: Remaking the Way We Make Things, New York, Norh Point
Press. (lien amazon)
[2] p.114,
[3] pp.103-104.
Un monde constitué de deux métabolismes
Le Métabolisme Biologique : la biosphère, les cycles de la nature
Un nutriment biologique est un matériau ou un produit qui est conçu pour réintégrer le cycle biologique –il est littéralement consommé par les micro-organismes du sol et par d’autres animaux. La plupart des packagings (qui représentent environ 50% du volume du flux municipal de déchets solides) peut être conçue comme nutriment biologique, ce que nous appelons produits de consommation. L’idée est de composer ces produits de matériaux qui peuvent être jetés par terre ou sur le tas de compost pour se biodégrader sans risque après usage. (…) Des packagings sans soucis pourraient se décomposer en sécurité, ou être utilisés comme engrais, ramenant des nutriments à la terre. Les semelles des chaussures pourraient se dégrader pour enrichir l’environnement, les savons et autres produits nettoyants liquides pourraient être également conçus comme nutriments biologiques; de cette manière, quand ils sont évacués, qu’ils passent à travers un marais, et finissent dans un lac ou une rivière, ils soutiennent l’équilibre de l’écosystème. (…)
Jeter quelque chose peut être amusant, admettons le; et donner un cadeau dénué de culpabilité au monde naturel est un incomparable plaisir.[4]
Le Métabolisme Technique : la technosphère, les cycles de l’industrie, incluant la récolte de matériaux techniques du milieu naturel
Un nutriment technique est un matériau ou un produit qui est conçu pour réintégrer le cycle technique, le métabolisme industriel, duquel il est issu. Par exemple, le téléviseur moyen que nous avons analysé était constitué de 4 360 produits chimiques. Certains d’entre eux sont toxiques, mais d’autres sont de précieux nutriments pour l’industrie, qui sont gâchés quand le téléviseur fini en décharge. Isoler ces produits des nutriments biologiques leur permet d’être upcyclés plutôt que recyclés –pour conserver leur grande qualité dans un cycle industriel fermé. Ainsi la caisse en plastique résistant d’un ordinateur, par exemple, circulera toujours comme une caisse en plastique résistant d’ordinateur –ou comme un autre produit de bonne qualité, tel qu’une pièce automobile ou un appareil médical- plutôt que d’être downcyclée en barrière antibruit et en pots de fleurs. (…)
La masse industrielle peut être spécifiquement conçue pour conserver sa haute qualité pour des usages multiples. Actuellement, quand une automobile est mise à la casse, l’acier de ses composants est recyclé en un amalgame de toutes ses pièces en acier, mélangé à divers alliages d’acier d’autres produits. La voiture est écrasée, pressée, et traitée de telle manière que l’acier hautement ductile de la carrosserie et l’acier inoxydable sont fondus ensemble avec diverses autres ferrailles et matériaux, compromettant leur grande qualité et restreignant drastiquement leur usage futur. (Il ne peut plus être utilisé pour faire des carrosseries de voiture par exemple.) Le cuivre de ses câbles est fondu en une grande mixture et perdue pour les usages techniques spécifiques –il ne peut plus être utilisé comme câble de cuivre. Un design plus prospère permettrait d’utiliser la voiture à la manière dont les Amérindiens utilisaient une carcasse de buffle, optimisant chaque élément, de la langue à la queue. Les métaux seraient uniquement fondus avec des métaux identiques, pour maintenir leur haute qualité ; idem pour les plastiques.[5]
De nouveaux scénarios
Le concept de produit de service
Cependant, pour qu’un scénario de ce type [Upcycling] soit pratique il nous faut introduire un concept qui va de paire avec la notion de nutriment technique : le concept de produit de service. Plutôt que d’assumer que tous les produits doivent être achetés, possédés, et jetés par les « consommateurs », les produits contenant des nutriments techniques précieux -voitures, télévision, revêtement de sol, ordinateurs et réfrigérateurs, par exemple- seraient conçus comme des services dont les gens voudraient profiter. Dans ce scénario, les clients (terme plus approprié pour les utilisateurs de ces services) pourraient effectivement acheter le service d’un tel produit pour une période d’utilisation définie –disons, dix milles heures de télévision, plutôt qu’une télévision elle-même. Ils ne paieraient pas pour des matériaux complexes qu’ils ne seront pas capable d’utiliser après la vie d’un produit. Quand ils en ont terminé avec le produit, ou quand ils sont simplement prêts à passer à une nouvelle version, le fabricant le remplace, reprenant le vieux modèle, le démontant, et utilisant ses matériaux complexes comme nourriture pour de nouveaux produits. Les clients recevraient les services dont ils ont besoin aussi longtemps qu’ils en ont besoin et pourraient passer à de nouvelles version aussi souvent qu’ils le désirent ; les fabricants continueraient de grandir et de se développer tout en conservant la propriété de leurs matériaux.[6] (…)
Dans ce scénario, les gens pourraient satisfaire leur appétit pour les nouveaux produits aussi souvent qu’ils le désirent, sans culpabilité, et l’industrie pourrait les y encourager en toute impunité, sachant que ce faisant les deux parties soutiennent le métabolisme technique. Les fabricants d’automobiles voudraient que les gens ramènent leurs vieilles voitures de façon à récupérer des nutriments industriels précieux. Au lieu de dire au revoir à des ressources industrielles quand le client s’en va au volant d’une nouvelle voiture, pour ne plus jamais retourner chez le concessionnaire, les compagnies automobiles pourraient développer de précieuses relations de long terme qui améliorent la qualité de vie des clients pour plusieurs décennies et qui enrichissent continuellement l’industrie avec de la « nourriture » industrielle.[7]
Un autre cadre de conception
Déchet égale nourriture
Les produits peuvent être composés soi de matériaux biodégradables qui deviennent de la nourriture pour les cycles biologiques, soi de matériaux techniques qui restent dans des cycles techniques en circuit fermé dans lesquels ils circulent continuellement en tant qu’éléments nutritifs précieux pour l’industrie.[8]
Le cas des hybrides monstrueux
Afin que ces deux métabolismes [Biologique et Techniques] demeurent en bonne santé, conservent leur valeur, prospèrent, le plus grand soin doit être porté à ce que soit évitée la contamination de l’un par l’autre. Les choses qui entrent dans les systèmes naturels ne doivent pas contenir de mutagènes, de cancérogènes, de toxines persistantes, ou d’autres substances qui s’accumulent dans les systèmes naturels jusqu’à les endommager. (Certains matériaux qui pourraient endommager le métabolisme biologique pourraient cependant être pris en charge sans danger par le métabolisme technique.) De la même manière, les éléments nutritifs biologiques ne sont pas conçus pour alimenter le métabolisme technique, où ils seraient non seulement perdus pour la biosphère mais où ils affaibliraient la qualité des matériaux techniques ou rendraient leur récupération et leur réutilisation plus compliquées.[9](…)
Si un produit doit, pour l’instant, demeurer un « hybride monstrueux », cela peut nécessiter une ingéniosité supplémentaire pour le concevoir et le mettre sur le marché pour qu’il ait des conséquences positives pour les deux métabolismes biologique et technique.[10]
Démontabilité
Concevoir des produits comme des produis de service signifie de les concevoir pour qu’ils soient démontés.[11]
Évaluer la durabilité nécessaire
Il n’est pas nécessaire que les bouteilles de shampoing, les tubes de dentifrice, les pots de yaourt ou de glace, les contenants de jus et autres packagings durent des décennies (ou même des siècles) de plus que ce qu’ils contenaient. Pourquoi les individus et les communautés devraient-ils être chargés de downcycler ou de mettre en décharge de tels matériaux ?[12]
L’industrie n’a pas besoin de concevoir ses produits pour qu’ils durent au-delà d’un certain temps, pas plus que la nature ne le fait. La durabilité de certains produits actuels pourrait même être vue comme une sorte de tyrannie intergénérationnelle.[13]
Terminologie du modèle Cradle-to-Cradle [14]
Cradle-to-Cradle (de-Berceau-à-Berceau): Un modèle de systèmes industriels dans lesquels les flux de matériaux circulent de manière cyclique dans des cycles biologiques ou techniques continus et adaptés. Tous les déchets sont réincorporés de manière productive dans la nouvelle production et dans les phases d’utilisation, par exemple « déchet égale nourriture.»
Eco-efficacité : Stratégie de conception Cradle-to-Cradle pour l’utilisation de matériaux intelligents et sains, concevant une industrie humaine qui soit sans danger, profitable, et régénératrice, produisant de la valeur économique, écologique et sociale.
Nutriment Biologique : Une matière brute utilisée par les organismes vivants et les cellules pour perpétuer les processus de la vie telle que la croissance, la division cellulaire, la synthèse des hydrates de carbone et d’autres fonctions complexes. Les nutriments biologiques sont habituellement des composés à base de carbone.
Nutriment Technique : Matériaux de facture humaine conçu pour circuler dans les cycles de vies industriels – sans fin.
Produit de consommation : Un produit conçu pour un retour complet et sans danger à l’environnement, qui devient un nutriment pour les systèmes vivants. La stratégie de conception du produit de consommation permet au produit d’offrir de l’efficacité sans la contrainte des matériaux qui doivent être recyclés où « gérés » après usage.
Produits de service : Un produit qui est utilisé par le client, officiellement ou en réalité, mais possédé par le fabriquant. Le fabriquant conserve la propriété des biens matériels précieux pour une réutilisation continue pendant que le client profite du service du produit sans assumer sa contrainte matérielle. Les produits qui peuvent mettre en œuvre des matériaux précieux mais potentiellement dangereux peuvent être optimisés en tant que Produits de Service.
Upcyclage : La manière de recycler les matériaux de telle manière qu’ils conservent et/ou améliorent leur valeur dans le temps (contraire de downcyclage).
NB : L’utilisation de ces termes doit être accompagnée de références adéquates à Michael Braungart, William McDonough, EPEA Internationale Umweltforschung GmbH, et McDonough Braungart Design Chemistry LLC. Dont acte.
Notes
Extraits traduits de William McDonough, Michael Braungart (2002),
Cradle to Cradle: Remaking the Way We Make Things, New York, Norh Point
Press. (lien amazon)
[4] pp.105-106,
p.109,
[5]
pp.109-110,
[6]
pp.111-112,
[7] p.114,
[8] p.104,
[9]
pp.104-105,
[10] p.115,
[11] p.114,
[12] p.105,
[13] p.114,
[14] traduite de Michael
Braungart, www.braungart.com


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