La maison du futur ?
Par David L'Hôte le samedi 8 septembre 2007, 20:53 - Lien permanent

La maison du futur n'existe pas. Il existe aujourd'hui des habitations, et
elles sont aussi diverses que leurs habitants. Cette diversité est ancienne et
il n'y a pas de raison de croire que les habitations du futur seront moins
diverses. Comment aborder l'évolution de cette diversité sans la réduire à un
stéréotype futuriste ?
Une habitation est un système complexe qui se prête mal à la prévision.
Cependant, les abris que la Nature a mis notre disposition, puis ceux que nous
nous sommes bâti répondent à des besoins fondamentaux qui sont profondément
liés à notre condition d’êtres humains. Ainsi on peut dégager des
caractéristiques communes à toutes les habitations, sorte d’éléments invariants
dans l’espace et le temps. Déformater, définir ces caractéristiques
essentielles simplifie le « système habitation » et permet d’aborder
de façon rationnelle son évolution.
Le dehors et le dedans
Limite
Une habitation, c’est avant tout un volume séparé de l'extérieur par une
limite qui défini le dedans et le dehors. Cette limite (murs et toit) a été
constituée de matériaux aussi divers que de la pierre, du bois, de la peau pour
les tentes indiennes, de la glace pour les igloos esquimaux. L’analogie avec le
corps humain associe cette limite à notre peau qui sépare notre milieu
intérieur du milieu extérieur. 
Interfaces
Une habitation présente des interfaces qui connectent l’intérieur et l’extérieur. Elles sont des ouvertures physiques, véritables jours dans la séparation dedans/dehors: portes, fenêtre, cheminée, ventilation, canalisations. D’un point de vue anthropomorphique, ces interfaces peuvent être vus comme des bouches, des yeux, des nez. Récemment de nouvelles interfaces ont fait leur apparition; elles ne se situent pas à la limite physique de l'habitations, elles sont à l’intérieur: la radio, le téléphone, la télévision et l’accès domestique à Internet relient le dedans et le dehors de manière virtuelle. Cependant on peut considérer que les interfaces virtuelles existent depuis toujours dans les habitations : autels et objets de culte peuvent être considérées comme autant d’interfaces avec d’autres mondes.
Physique et Symbolique
Les composantes d’une habitation, comme toutes les choses qui nous
entourent, ont une réalité physique, qui peut se voir et se mesurer. Elles ont
aussi une dimension symbolique qui n’a de sens que pour l’homme et dont la
définition varie d’un individu à l’autre.
La limite de l’habitation préserve le climat intérieur en l’isolant du climat
extérieur (intempérie, soleil, pollutions). Elle définit un groupe d’habitants
en les séparan de ceux qui sont à l’extérieur: les autres. Le climat extérieur
et « les autres » constituent l’environnement d’une habitation. Les
limites de l’habitation symbolise la frontière entre domaine privé et public et
sépare l’espace où s’appliquent les règles de la communauté (l'intérieur) de
l’espace régit par les règle de la société (l'extérieur). C’est également le
lieu fondateur de la famille, le nid, le refuge, le ventre maternel.
Une interface est un essentiellement un filtre : la porte d’entrée sépare
ceux qui peuvent accéder de ceux qui n’y sont pas autorisés. Une fenêtre fermée
barre le passage à toutes les composantes des climats intérieur et extérieur à
l’exception de la lumière. Les siphons des canalisations permettent d’évacuer
les eaux usées en isolant l’atmosphère intérieure de celle de l’égout.
Etcétéra. Symboliquement les interfaces sont des lieux critiques puisque
limites entre deux univers. Elles sont à la fois sources de peur et de
réconfort, de désagrément et de confort.
À l'intérieur du dedans
Organisation
Une habitation est constituée de différentes zones où se répartissent
sous-groupes (couples ou fratries) et individus. Cette organisation spatiale
est également subordonnée aux différentes activités humaines (repas, repos,
bain…) et à leurs contraintes (odeurs, silence, obscurité, température…). On
peut associer ces différentes zones avec les organes du corps humain :
Spécialisés et connectés, constituants du même tout. 
Mise en abîme
On peut noter que les relations entre une habitation et son environnement sont similaires à celles qui existent entre une zone intérieure d’une habitation, et l’habitation elle-même : physiquement, on y retrouve le besoin d’isoler différents climats, et la notion d’individu s’oppose à celle de groupe de la même manière que le groupe s’opposait précédemment, aux autres, ceux de dehors, à la société. Symboliquement, si à l’intérieur les règles de la communauté prennent le pas sur celles de la société, l’organisation des limites intérieures permet de se soustraire à la communauté pour trouver l’intimité. Tout se passe comme si une habitation était constituée de « sous habitations » occupées par intermittence par tout ou partie du groupe des habitants. Attention, une habitation peut donc en abriter d’autres !
À travers
Les ressources
Dans le passé une habitation n’était envisageable que si les ressources en
nourriture, en eau et en énergie se trouvaient à proximité. Aujourd’hui la
majorité de ces ressources essentielles est acheminée jusqu’à l’intérieur des
habitations, où qu’elles se trouvent. La nourriture, l’eau, l’énergie sont des
flux qui traversent depuis toujours les habitations. Depuis quelques décennies
se sont ajouté à ces flux traditionnels l’information et les données. Toutes
ces ressources sont nécessaires à la vie et au développement des habitants.

Les produits
Une habitation produit des eaux usées, des gaz, des calories, des déchets. Mais une habitation contemporaine peut également être source d’information. Dispersion liée aux technologies sans fil, mais aussi diffusion : télésurveillance, échanges p2p, publication de blogs etc. Certaines habitations aujourd’hui produisent également tout ou partie de leur l’énergie.
Quelques évolutions
Dehors est suspect
L’autre, celui de l’extérieur, a longtemps été la principale source de peur. Le danger a longtemps été focalisé au niveau des interfaces physiques que sont les portes et les fenêtres. Mais aujourd’hui l’origine lointaine ou inconnue de la nourriture et de l’eau devient suspecte. L’eau du robinet semble moins sûre que celle du puits ou de la fontaine d’antan alors on la filtre. On purifie aussi l’air et on « parfume l’ambiance », enfin les produits alimentaires et d’hygiène se bardent de labels rassurants.
L’énergie plus assez chaire
L’énergie est là, au bout du fil ou du tuyau. Disparus les stocks à la cave et les stères pour l’hiver. Les corvées de bois et de charbon sont de lointains souvenirs, notre consommation énergétique est désormais sans commune mesure avec nos capacités physiques. L’énergie que nous consommons n’a plus d’équivalence, elle est hors-échelle. Elle est devenu invisible, impalpable, elle n’a plus aucun rapport avec l’effort, plus besoin de suer pour se chauffer. Massive et indolore notre consommation a des effets indéniables sur notre environnement : pollution, réchauffement…et voilà que notre chauffage recommence à nous faire transpirer.
Réseaux bidirectionnels
Les flux d’information sont devenus bidirectionnels, les habitations ne sont plus seulement des récepteurs, en quelques années elles se sont mises à émettre. De la même manière, la production d’énergie a un niveau individuel permet à une habitation de devenir le fournisseur d’autres habitation à travers le réseau. On peut entrevoir l’avènement d’habitations qui soient à la fois clients et fournisseurs de réseaux d’énergie et d’information décentralisés et autonomes.
Antropomorphose
Le déplacement des points d’accès aux ressources, de l’extérieur vers l’intérieur, est une constante dans l’évolution des habitations humaines. L’habitation a toujours abrité son habitant, mais aujourd’hui, à la manière du foetus dans la matrice, les différents réseaux lui fournissent les ressources essentielles à la vie, à la manière d’un cordon ombilical. De ce point de vue, l’évolution des habitations tendrait donc vers une réplique de plus en plus poussée du ventre maternel.
version du 09.09.2007: titre, illustrations et textes mis à jour.
La première version de ce document date d'octobre 2005, fruit d’une réflexion
menée pour Cap
Consommateur sur le thème de «l'habitat du futur.»
Il a fait l'objet d'un article dans le numéro 171 de L’auditoire, journal des étudiants de Lausanne.
Vous pouvez aussi lire Nicole Mathieu, Annabelle Morel-Brochet, Nathalie Blanc, Philippe Gajewski, Lucile Grésillon, Florent Hebert, Wandrille Hucy et Richard Raymond, «Habiter le dedans et le dehors: la maison ou l’Eden rêvé et recréé.»


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