Par David L'Hôte le samedi 8 septembre 2007, 20:53
La maison du futur n'existe pas. Il existe aujourd'hui des habitations, et
elles sont aussi diverses que leurs habitants. Cette diversité est ancienne et
il n'y a pas de raison de croire que les habitations du futur seront moins
diverses. Comment aborder l'évolution de cette diversité sans la réduire à un
stéréotype futuriste ?
Une habitation est un système complexe qui se prête mal à la prévision.
Cependant, les abris que la Nature a mis notre disposition, puis ceux que nous
nous sommes bâti répondent à des besoins fondamentaux qui sont profondément
liés à notre condition d’êtres humains. Ainsi on peut dégager des
caractéristiques communes à toutes les habitations, sorte d’éléments invariants
dans l’espace et le temps. Déformater, définir ces caractéristiques
essentielles simplifie le « système habitation » et permet d’aborder
de façon rationnelle son évolution.
Les défis sont nombreux, tout est à revoir. De notre usage de l’eau, à nos
pratiques énergétiques en passant par notre accoutumance au jetable, les
ajustements auxquels nous allons devoir consentir semblent à certains,
rétrogrades, impensables... Ils devront être désirables. C’est pourquoi la
moindre de nos pratiques quotidiennes est un sujet potentiel d’étude. Les
moindres de nos gestes représentent un véritable gisement de projets qui
n’attendent que les designers pour les amener au monde.
C’est une question de tactique, la société civile ne répond pas bien du tout
à la réprimande morale. Il y a des petits groupes minoritaires ici et là qui
sont parfaitement conscients que c’est immoral de mettre en danger les vies des
générations à venir en consommant massivement aujourd’hui : les Amish, les
gens pratiquant une simplicité volontaire, les ashrams de Gandhi etc. Ce public
–les volontaristes plein d’entrain- ne sont pas le problème. Mais ils ne sont
pas non-plus la solution, car la plupart des êtres humains ne seront pas
volontaires pour vivre comme eux. Les gens ne peuvent pas non-plus être forcés
à vivre de cette manière par le biais d’une ordonnance légale, car ceux qui
sont aux commandes des ressources énergétiques de la société joueront et
neutraliseront n’importe quel système légal de régulation […]
Cinquante pourcents de la population mondiale sont des agriculteurs
biologiques. Ils sont agriculteurs biologiques parce qu’ils sont trop pauvres
pour acheter des engrais ou des pesticides. C’est logique. Vous avez à faire à
des gens qui vivent en grande partie de manière pré-technologique, et la
plupart des problèmes environnementaux que nous avons sont le résultat d’une
dépendance exagérée à des technologies énergivores.
Je ne suis pas en train de suggérer un truc du genre retour à la nature,
mais il y a une véritable erreur que nous faisons au sein de la mouvance
environnementale, en croyant que d’une manière ou d’une autre, nous allons
automatiquement trouver un moyen de rendre viable le mode de vie du monde
développé. Ca n’est pas nécessairement vrai. Il se peut que nous découvrions
que nous ayons graduellement à abandonner une bonne partie de ces machins
énergivores pour retourner à quelque chose bien plus proche de ce mode de vie
rural, qui nous a accompagnés depuis le début de l’agriculture. Ces gens le
pratiquent de la manière dont nous le pratiquions il y a 20 ou 30 milles
ans.
La photosynthèse oxygénique est un phénomène massif à l'échelle planétaire.
Elle est à l'origine de pratiquement toute la formation de la biomasse, ce qui
représente le stockage annuel d'environ 2 x 1011 tonnes de carbone.
En termes énergétiques elle correspond à la conversion d'énergie lumineuse en
énergie chimique. La Terre reçoit chaque année environ 5,4 x 1024
joules (J) d'énergie solaire lumineuse, dont 1,5 x 1024 J de
rayonnement actif sur le plan photosynthétique atteint la surface terrestre, ce
qui donne lieu à la formation d'environ 4 x 1021 J d'énergie
chimique sous forme de biomasse. Il est intéressant de comparer la consommation
annuelle d'énergie, par l'ensemble des êtres humains habitant la planète, qui
est de 4,3 x 1020 J.
Dans un monde de cadres à la Stepford[1] qui ne dévient
jamais de la ligne du parti de l’entreprise, il y a quelque chose de
rafraichissant dans un entrepreneur prêt à prendre une gamelle –au sens propre
du terme- pour sa dernière innovation. Dans le cas du super-inventeur Dean
Kamen, cela signifie fracasser son scooter hybride Stirling électrique devant
Green Wombat et un photographe. En juin, Green Wombat est allé visiter
Westwind, la propriété de Kamen près de Manchester dans le New Hampshire, pour
parler avec l’inventeur du Segway de son projet d’installer un moteur Stirling
dans une voiture électrique fabriqué par Think en Norvège. (Voir « Have You Driven a Fjord Lately? »[2] dans le numéro d’août de Business 2.0.)
Notes
[1] en référence au film The Stepford Wives
(2004)
Qu’ont en commun des haricots verts frais coupés et des téléviseurs à écrans
plats haute définition ? Et qu’est-ce-que cela a à voir avec le
design ? En Europe, les deux sont considérés comme des produits de
consommation dont le traitement, de la matière première jusqu’aux vitrines des
magasins requiert de l’énergie – émettant des gaz à effet de serre qui peuvent
avoir un effet négatif sur l’environnement – et sont considérés comme ayant une
« empreinte carbone.» Dit autrement, ce sont des produits d’un écosystème
industriel global plus large.
Un de mes jobs ces jours-ci est d’être le consultant en design vert pour une
petite start-up qui fabrique un appareil électronique grand public. Ce faisant,
j’ai fait des recherches sur un paquet de trucs, et je me suis dit que ce
serait sympa de partager un peu de ce savoir avec d’autres. (Et si vous en
savez plus que moi sur le sujet, je serais heureux de le lire dans les
commentaires !) Ce billet est donc le premier d’une petite série sur la manière
de concevoir des produits plus verts -pas des concepts de labo de recherche,
mais des choses que n’importe quelle société peut faire aujourd’hui. Ca parle
de choisir les bons plastiques.
Je pense qu’en tant que designers nous comprenons que le design est un
signal d’intention, mais il doit également s’opérer au sein même d’un monde, et
nous devons comprendre ce monde afin d’imprégner nos designs d'une intelligence
intrinsèque ; lorsque nous repensons le contexte fondamental dans lequel nous
concevons, d’une certaine manière nous avons besoin de retourner aux conditions
primordiales pour comprendre le système opératoire et le cadre de la planète,
et je pense que ce qu’il y a de passionnant dans cela, c’est la bonne nouvelle
qu’il y a là, parce que la bonne nouvelle est celle de l’abondance et pas celle
des limites et je pense qu’au moment où notre culture se torture avec des
tyrannies et des inquiétudes de limites et des peurs, nous pouvons avoir cette
autre dimension d’abondance qui est cohérente, conduite par le soleil et
commencer à imaginer comment ce serait de partager.
C'est par cette longue phrase que William McDonough entame son exposé lors des
Conférences TED en février
2005. William McDonough y explique qu'un monde de limites n'est pas viable, et
qu'au contraire c'est à un monde d'abondance auquel il nous faut contriuer, à
l'image de celui qui s'est développé à la surface du globe.
C'est en anglais et ça dure un vingtaine de minutes.
Le sol est une matière vivante, plus complexe encore que l’eau ou
l’atmosphère, milieux relativement simples. Le sol ne représente pas un volume
important sur notre planète, mais il est extraordinaire. Il ne mesure que 30
centimètres d’épaisseur en moyenne, mais il héberge 80 % de la biomasse vivante
du globe. Il pèse 50 000 fois plus lourd que tout ce qui vit à la surface de la
terre. C’est le seul milieu qui provienne de la fusion du monde minéral des
roches-mères et du monde organique issu de la vie à la surface de la terre. Il
n’y a que la planète Terre qui possède ce milieu, qui abrite plus d’êtres
vivants que sur tout le reste de sa surface ! Cela ne se voit pas. À l’échelle
planétaire, il existe 2 500 espèces de vers de terre et ils pèsent aussi lourd
que tous les autres animaux du monde. Les Anciens ont eu raison d’appeler notre
planète « Terre ». Il n’y a qu’une seule planète ayant un sol, c’est la nôtre.
C’est un milieu tout à fait exceptionnel, le plus riche de notre
planète.[1]
Et alors ?
Pour concevoir des objets qui puissent être biodégradés, compostés pour tout ou
partie en fin de vie, il faut connaitre les mécanismes qui rendent ce retour à
l’écosystème possible. Il faut prendre conscience du rôle de la faune du sol et
comprendre la différentes étapes du processus de décomposition. Claude
Bourguignon dit que les agriculteurs doivent "décompacter leur cerveau", les
designers doivent déformater le leur.
Claude Bourguignon est microbiologiste des sols. Il a donné une
conférence[2] intitulée "Vers de
nouvelles techniques d’assolement, et de semis direct." Le titre peut laisser
penser que son propos ne s'adresse qu'aux agriculteurs, mais la richesse de sa
présentation l'élargit à biens d'autres sujets et sa qualité la rend accessible
à tous.
En passant vous comprendrez pourquoi les tomates n'ont plus de goût,
pourquoi les céréales du petit déjeuner viennent de l'autre bout du monde,
pourquoi l'ADN les hommes est deux fois plus court celui des plantes, comment
les agriculteurs peuvent participer à la réduction des émission de CO2, d'où
vient le pétrole et comment semer des patates sans se fatiguer.
Installez-vous confortablement, ça dure deux heures.
Notes
[1] extrait de Lydia et Claude
Bourguignon (14 décembre 2002), La terre est la
seule planète qui…, Newsletter ABCD Presse. [2] le 17 mars 2007, au 2ème Cycle
de Conférences André Dupuy, à l'occasion du Comice Agricole de
Fleurs.
Pourquoi n’y a-t-il pas de designers produit verts célèbres ?
L’architecture a son William McDonough et son Shigeru Bans, qui a le design
produit ?
Personne ? (Vraiment, je vous encourage à essayer d’en nommer
quelques-uns dans les commentaires. J’aimerai qu’on me prouve que j’ai tort.)
Franco Lodato est un designer renommé qui fait de la biomimétique, mais il
n’est pas particulièrement vert. Michael Braungart est l’une des personnes les
plus vertes dans le design produit, mais c’est un chimiste. McDonough a aussi
fait beaucoup avec Braungart pour suggérer des directives comme Cradle to
Cradle, mais il est tout de même architecte, il ne designe pas de produits.
Buckminster Fuller aurait pu être appelé designer vert pour son véhicule
Dymaxion, et sa cuisine, et autres, mais il était plus technologue que
designer, et de toute façon il n’est plus parmi nous. Amory Lovins, Gunter
Pauli, et d’autres grands noms ont aidé les compagnies à verdir leurs lignes de
production, mais ils ont fait peu, si ce n’est pas, de design.
Alors pourquoi n’y a-t-il pas de designers produit verts ?
Si vous vous achetez un bagage de grande qualité de chez Rimowa
- et j'en ai rêvé, mais je n'ai jamais été capable de justifier l'exorbitante
dépense - vous vous retrouvez avec un objet structurellement et esthétiquement
parfait qui va être passé à tabac.
Vous savez comment les compagnies aériennes et les bagagistes peuvent être;
les caprices du voyage peuvent être très durs pour les bagages de toutes
sortes, incluant les valises en aluminium à mille dollars.
Vous ne pouvez pas faire de design vert sans matériaux verts, et les
innovations en terme de matériaux ont tendance à venir des chimistes. Les
chimistes produisent ausi beaucoup de produits à part entière : peintures,
adhésifs, produits nettoyants, des industries complètes. Alors que font les
chimistes pour sauver le monde?
Il y a actuellement un chimiste vert célèbre dans le monde : Michael
Braungart (fondateur d'EPEA,
co-fondateur de McDonough
Braungart Design Chemistry et co-auteur de Cradle to
Cradle). Le monde en a besoin d'une centaine de plus.