Un de mes jobs ces jours-ci est d’être le consultant en design vert pour une
petite start-up qui fabrique un appareil électronique grand public. Ce faisant,
j’ai fait des recherches sur un paquet de trucs, et je me suis dit que ce
serait sympa de partager un peu de ce savoir avec d’autres. (Et si vous en
savez plus que moi sur le sujet, je serais heureux de le lire dans les
commentaires !) Ce billet est donc le premier d’une petite série sur la manière
de concevoir des produits plus verts -pas des concepts de labo de recherche,
mais des choses que n’importe quelle société peut faire aujourd’hui. Ca parle
de choisir les bons plastiques.
Je pense qu’en tant que designers nous comprenons que le design est un
signal d’intention, mais il doit également s’opérer au sein même d’un monde, et
nous devons comprendre ce monde afin d’imprégner nos designs d'une intelligence
intrinsèque ; lorsque nous repensons le contexte fondamental dans lequel nous
concevons, d’une certaine manière nous avons besoin de retourner aux conditions
primordiales pour comprendre le système opératoire et le cadre de la planète,
et je pense que ce qu’il y a de passionnant dans cela, c’est la bonne nouvelle
qu’il y a là, parce que la bonne nouvelle est celle de l’abondance et pas celle
des limites et je pense qu’au moment où notre culture se torture avec des
tyrannies et des inquiétudes de limites et des peurs, nous pouvons avoir cette
autre dimension d’abondance qui est cohérente, conduite par le soleil et
commencer à imaginer comment ce serait de partager.
C'est par cette longue phrase que William McDonough entame son exposé lors des
Conférences TED en février
2005. William McDonough y explique qu'un monde de limites n'est pas viable, et
qu'au contraire c'est à un monde d'abondance auquel il nous faut contriuer, à
l'image de celui qui s'est développé à la surface du globe.
C'est en anglais et ça dure un vingtaine de minutes.
Le sol est une matière vivante, plus complexe encore que l’eau ou
l’atmosphère, milieux relativement simples. Le sol ne représente pas un volume
important sur notre planète, mais il est extraordinaire. Il ne mesure que 30
centimètres d’épaisseur en moyenne, mais il héberge 80 % de la biomasse vivante
du globe. Il pèse 50 000 fois plus lourd que tout ce qui vit à la surface de la
terre. C’est le seul milieu qui provienne de la fusion du monde minéral des
roches-mères et du monde organique issu de la vie à la surface de la terre. Il
n’y a que la planète Terre qui possède ce milieu, qui abrite plus d’êtres
vivants que sur tout le reste de sa surface ! Cela ne se voit pas. À l’échelle
planétaire, il existe 2 500 espèces de vers de terre et ils pèsent aussi lourd
que tous les autres animaux du monde. Les Anciens ont eu raison d’appeler notre
planète « Terre ». Il n’y a qu’une seule planète ayant un sol, c’est la nôtre.
C’est un milieu tout à fait exceptionnel, le plus riche de notre
planète.[1]
Et alors ?
Pour concevoir des objets qui puissent être biodégradés, compostés pour tout ou
partie en fin de vie, il faut connaitre les mécanismes qui rendent ce retour à
l’écosystème possible. Il faut prendre conscience du rôle de la faune du sol et
comprendre la différentes étapes du processus de décomposition. Claude
Bourguignon dit que les agriculteurs doivent "décompacter leur cerveau", les
designers doivent déformater le leur.
Claude Bourguignon est microbiologiste des sols. Il a donné une
conférence[2] intitulée "Vers de
nouvelles techniques d’assolement, et de semis direct." Le titre peut laisser
penser que son propos ne s'adresse qu'aux agriculteurs, mais la richesse de sa
présentation l'élargit à biens d'autres sujets et sa qualité la rend accessible
à tous.
En passant vous comprendrez pourquoi les tomates n'ont plus de goût,
pourquoi les céréales du petit déjeuner viennent de l'autre bout du monde,
pourquoi l'ADN les hommes est deux fois plus court celui des plantes, comment
les agriculteurs peuvent participer à la réduction des émission de CO2, d'où
vient le pétrole et comment semer des patates sans se fatiguer.
Installez-vous confortablement, ça dure deux heures.
Notes
[1] extrait de Lydia et Claude
Bourguignon (14 décembre 2002), La terre est la
seule planète qui…, Newsletter ABCD Presse. [2] le 17 mars 2007, au 2ème Cycle
de Conférences André Dupuy, à l'occasion du Comice Agricole de
Fleurs.
Pourquoi n’y a-t-il pas de designers produit verts célèbres ?
L’architecture a son William McDonough et son Shigeru Bans, qui a le design
produit ?
Personne ? (Vraiment, je vous encourage à essayer d’en nommer
quelques-uns dans les commentaires. J’aimerai qu’on me prouve que j’ai tort.)
Franco Lodato est un designer renommé qui fait de la biomimétique, mais il
n’est pas particulièrement vert. Michael Braungart est l’une des personnes les
plus vertes dans le design produit, mais c’est un chimiste. McDonough a aussi
fait beaucoup avec Braungart pour suggérer des directives comme Cradle to
Cradle, mais il est tout de même architecte, il ne designe pas de produits.
Buckminster Fuller aurait pu être appelé designer vert pour son véhicule
Dymaxion, et sa cuisine, et autres, mais il était plus technologue que
designer, et de toute façon il n’est plus parmi nous. Amory Lovins, Gunter
Pauli, et d’autres grands noms ont aidé les compagnies à verdir leurs lignes de
production, mais ils ont fait peu, si ce n’est pas, de design.
Alors pourquoi n’y a-t-il pas de designers produit verts ?
Si vous vous achetez un bagage de grande qualité de chez Rimowa
- et j'en ai rêvé, mais je n'ai jamais été capable de justifier l'exorbitante
dépense - vous vous retrouvez avec un objet structurellement et esthétiquement
parfait qui va être passé à tabac.
Vous savez comment les compagnies aériennes et les bagagistes peuvent être;
les caprices du voyage peuvent être très durs pour les bagages de toutes
sortes, incluant les valises en aluminium à mille dollars.
Vous ne pouvez pas faire de design vert sans matériaux verts, et les
innovations en terme de matériaux ont tendance à venir des chimistes. Les
chimistes produisent ausi beaucoup de produits à part entière : peintures,
adhésifs, produits nettoyants, des industries complètes. Alors que font les
chimistes pour sauver le monde?
Il y a actuellement un chimiste vert célèbre dans le monde : Michael
Braungart (fondateur d'EPEA,
co-fondateur de McDonough
Braungart Design Chemistry et co-auteur de Cradle to
Cradle). Le monde en a besoin d'une centaine de plus.